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dimanche 25 janvier 2015 11:14


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Blog de katevaton :Le blog de catherine vaton, ...

mercredi 07 janvier 2015 20:32


carte...

Blog de katevaton : Le blog de catherine vaton, carte...

dimanche 04 janvier 2015 06:58 , dans photos


Récit de la traversée...

Traversée Italie – Martinique....

(petits films en dessous dans l'ordre plus ancien premier etc)

Il est 15 h quand nous larguons les amarres ce samedi, il fait un temps de demoiselle, toujours mieux pour s'amariner un peu. Le bateau fait cap sur les Bouches de Bonifacio. La Corse imprime la ligne de ses crêtes en une longue dentelle dans le bleu profond du ciel. Chacun prend son rythme et ses quarts, la vie du bord s'organise. Ceux d'entre nous qui ne ne connaissaient s'observent un peu. L'ambiance est bonne. Nous passons les Bouches dans les premières lueurs du matin, je ne suis pas de quart, aussi je ne peux en dire grand chose, seulement que pour cette fois, le passage a été calme. La suite l'est moins. Le vent monte 20, 25, 30 nœuds, davantage sous les rafales, c'était annoncé, prévu. Mais il faudra bien que nous avancions vers notre direction finale dépression ou pas. Nous sommes au près, la mer prend des rondeurs abruptes. Elle est comme souvent en méditerranée courte, comme tourmentée. La houle devient traversière, le bateau roule davantage dans les vagues. Cela dure plus ou moins la journée. Puis ça finit par mollir laissant une mer plus forte que le vent, toujours assez désagréable pour la navigation.

Dans la soirée quelques dauphins viennent nous faire un petit show, effectuant divers petits sauts le long de l'étrave. Ils ne restent pas longtemps mais celui-ci a suffit à nous ouvrir l'appétit aux jolies choses de la mer. Un superbe et furtif flash vert nous éblouit accompagnant la fin du jour. Jolis prémices...

Trois passagers clandestins viennent tour à tour nous rendre une petite visite, deux petits oiseaux sans doute aspirés dans la tempête ainsi qu'un étrange sphynx...

Nous faisons de moins en moins de cap, le vent refuse toujours nous menant plus directement vers Valence que sous les Baléares où nous cherchons à nous placer dans le centre de la dépression. La journée est plus agitée que la veille, certains sont aussi moins à l'aise que le jour précédent. Notre capitaine hésite un peu quant à la destination à suivre, un nouveau coup de vent est attendu plein Ouest pour mardi.Il va falloir s'arrêter pour le laisser passer.  Majorque a de l'allure, inquiétante dans les grains sombres, belle, mordorée, sous les longs rayons de lumières obliques du soleil finissant. Dans la nuit le vent est tombé davantage, alors nous avons pu faire route vers Ibiza au moteur. On est bien loin d'un Ibiza festif, mais plutôt d'un Ibiza under the rain... Nous repartons normalement demain matin à quatre heures pour tenter une sortie vers l'Ouest mais, décidément la météo cherche à contredire nos projets, peut être faudra-t-il encore nous arrêter à Gibraltar. Trop de vent de près à venir. Un jour et demi d'escale sous la pluie battante, nous ne verrons pas grand chose de la ville mais le soir un petit resto bien sympathique enjolivera l'atmosphère.

Départ superbe d'Ibiza sous le soleil retrouvé pour quelques instants. Dès lors que nous sommes sortis du port quelques 30 nœuds et une mer bien formée nous attendaient. L'affaire n'était pas simple, en effet, nous étions au près serré pour nous extraire du chenal. Un peu chaud, quand on sait qu'il y a là des hauts fonds qui tombent à sept mètres quand nous mêmes en calons cinq et davantage quand le bateau s'enfonce, les vagues de trois mètres environ nous en laissaient peu sous la quille... François est bien concentré à la barre. Heureusement nous gîtions pas mal ce qui pour le moins nous arrangeait. Et le capitaine, mon petit frérot n'est pas un manchot et connaît bien le bateau qu'il skippe maintenant depuis près de dix ans..

Ce qu'il y a d'assez troublant dans ces parages c'est que la météo n'est jamais conforme aux prévisions. Elle nous annonce des calmes quand en moins d'une heure le vent monte à trente nœuds. Alors il faut s'adapter. Je ne suis pas une grande connaisseuse des environs, j'avais emprunté le détroit à trois reprises dont deux dans l'autre sens et je dois dire que là va ma préférence. L'unique fois où je le fis Est /Ouest nous avait réservé quelques 60 nœuds sous les Baléares. Alors il faut s'abriter dans sa route très près de l'Espagne, pour éviter trop de vent.

Ainsi nous avons longés différents caps le Capo del Gata, le Pelada. Paysages grandioses, montagnes et collines bien pelées comme le nom au-dessus le suggère. La côte là n'est pas trop construite, ça et là de petits villages aux maisons blanches. Nous nous sommes approchés parfois si près que je pensais peut-être apercevoir quelques chèvres ou moutons dans cette espèce de garrigue, mais cela ne le fut pas. A chaque fois que nous rentrions à nouveau plus au milieu du détroit, le vent montait brutalement et toujours au près, c'est simple hormis une après midi où nous avions longés la Sardaigne au bon plein, notre route a toujours été au près serré, soit à peu près de 800 milles. La nuit dernière a fait exception, pendant quelques heures nous eûmes une petite dizaine de nœuds. J'étais de quart avec Fabianna, quelques dauphins nous ont accompagnés. Quand le plancton s'en mêle c'est vraiment magnifique. De longs sillages mouvants et phosphorescents filent dans l'eau noire. Dans la matinée le vent forcit à nouveau et nous doublons le rocher de Gibraltar sous trente nœuds. Nous avons croisé force cargos, containers, ferries en tous genres et de toutes tailles. De nuit, en face d'Alméria j'avais du mal à faire le point entre les lumières de la ville et les feux des bateaux alentour. D'ailleurs certains ne sont pas sur l'AIS et n'apparaissent pas clairement sur le radar, il faut donc rester bien vigilants.

Au port, nous avons retrouvés quelques voiliers aperçus auparavant dont quelques plus petits qui avaient bien du mal à étaler au moteur avec grand voile bien diminuée. Il n'y a pas à dire dans ce sens, Gibraltar se mérite. Sommes à Gibraltar pour la nuit, sous la pluie qui, décidément nous poursuit. Enfin quand je dis Gibraltar ce n'est pas tout à fait juste, il n'y avait pas de place dans les marinas là bas, sommes donc du côté espagnol. Il fait froid.

Départ comme prévu de Gibraltar samedi vers 10 h.

On sent déjà que le climat change, ciel bleu et puis le cap (ne me souviens plus du nom...) passé, peu à peu la houle de l'Atlantique vient remplacer le clapot désordonné de Méditerranée. Nous commençons à enlever peu à peu les épaisseurs des polaires and cie. Il reste beaucoup de bateaux qui font route cargos, autres voiliers, ferries. A la nuit tombée des pêcheurs marocains naviguant plus ou moins à couple avec un filet liant parfois certains bateaux nous créent quelques frayeurs. Ils naviguent avec peu de feux il faut savoir bien observer alors les trajectoires de chacun d'eux...

La nuit est quand même assez calme hormis les « flocs flocs » de la grand voile, peu de vent, au près en conséquence, elle claque au gré de la longue et haute houle. Qu'il est bon quand même de retrouver l'Atlantique.

Au matin, la côte marocaine défile, Casablanca la ville blanche, El Jadida, Oualidia, Essaouira. A la lecture de la carte du radar, l'humeur est vagabonde, on se souvient de ces lieux que l'on a visité, des images s'inscrivent alors dans la rêverie de la nuit. La Citerne des Portugais par exemple, magnifique architecture intérieure que l'on ne devinerait pas au vu de ses façades, au point d'ailleurs, qu'elle avait été comme oubliée et, si l'histoire dit vrai, un jour la citerne emplie des eaux de pluie a finit par crever l'une de ses parois et l'eau de dévaler dans l'échoppe d'un poissonnier. Mais si vous passez par là, offrez vous la visite, la citerne date du XVI ème siècle il me semble, ses colonnes forment des dizaines d'arches réelles ou reflétées par le petit fond d'eau sur son sol apportant une espèce de trouble sensoriel, un endroit très poétique, s'il en est. Orson Wells ne s'y est pas trompé qui a choisi d'y tourner une scène de son Othello.

Bientôt nous passerons le dernier cap, celui des Bédouins semble-t-il au vu de l'intitulé de son nom arabe. Quelques poissons volant ont laissés quelques écailles en souvenir de leur passage. La ligne que nous avons remise ce matin a attiré une daurade coryphène que nous avons eu le temps d'apercevoir avant qu'elle ne se décroche, puis une petite bonite a mordu à son tour et, à l'instant nous venons de remonter une autre daurade coryphène de quelques 70 centimètres. Le repas est assuré pour demain ou après demain. Dommage pour le poisson très frais, il paraît qu'une grande majorité des poissons même ceux pélagiques est aujourd'hui en partie infectée d'une toxine (et d'un ver pour le thon) déconseillant fortement son ingestion  cru, juste après sa pêche, il nous faudra tout d'abord congeler ces poissons. Nous n'avons pas beaucoup de vent quoique cela soit monté un peu en fin de matinée, il va nous en falloir davantage si nous voulons éviter le coup de vent prévu dans deux jours.

Un peu plus tard.

Étrange de retrouver la nuit noire, jusque-là la lune nous avait accompagné mais ses dernières lueurs sont maintenant cachées derrière de petits nuages orageux. Alors quand on prend son quart, il faut plusieurs minutes pour s'habituer à la pénombre. Nous sommes en face des ports de pêche d'Essaouira et de Safi, en conséquence, il y a nombre de petites embarcations mal éclairées dans le coin ce qui demande encore une fois beaucoup de vigilance, le radar annonce parfois des embarcations dont nous ne voyons absolument rien, cela est arrivé deux fois cette nuit, nous finissons par voir de petits feux qui longent notre babord, mais la seconde fois nous prend bien au dépourvu, l'alarme du radar se déclenche, nous apercevons effectivement une petite masse sur celui-ci mais qui est déjà sur nous ou très très proche. Nous avons doublé cette chose peut-être à quelques mètres seulement mais sans jamais l'apercevoir, un container peut-être ? Des dauphins étaient venus sur notre babord quelques instants auparavant sans rester, étaient-ils là pour nous prévenir de quelque chose ?

La journée a été bien sereine il fait beau, nous avons sortis qui, nos bras, qui nos jambes, le soleil et la douceur sont au rendez-vous l'équipage est bien content.

Journée à nouveau tranquille et belle, le vent est trop faible pour la grand voile, et les "flocs flocs" (bruits induits par le mouvement de la voile) de ces derniers jours nous montrent un peu d'usure à son égard, aussi nous préférons l'affaler et renvoyer la trinquette pour tenir un peu le bateau dans la houle qui est, maintenant bien moins traversière.

Nous restons maintenant souvent tous à l'extérieur, le climat nous y autorise et profitons même de l'après midi pour découper avec des lames de cutter les petits bords de caoutchoucs qui débordent un peu entre les lattes de teck. Il faut être adroit et les positions pour le faire sont parfois incongrues, mais ainsi l'eau s'écoulera mieux sur le pont lui permettant de sécher plus vite.

Nuit superbe. C'est amusant d'observer les étoiles qui ne sont plus orientées comme on a l'habitude de les voir, la Grande Ourse est comme renversée, quant à la la lune quand elle est là, est aussi positionnée telle une espèce de berceau. Le quart de trois heures à six heures du matin n'est pas celui que je préfère mais à chacun son tour de se partager les nuits. Un voilier plus lent que le nôtre, fait longtemps plus ou moins la même route que nous, nous obligeant à le surveiller de près.

Le ciel est superbe, j'en avais oublié que certaines étoiles peuvent être si basses juste au dessus de l'horizon, c'est vrai que trop souvent les lumières de la ville nous les obscurcissent. Vers cinq heures nous commençons à apercevoir les lumières de Lanzarote. A la fin de mon quart, je vais me coucher avec plaisir, j'ai, comme la plupart d'entre nous très mal dormi, le changement de pression atmosphérique, le vent qui revient, la chaleur aussi en sont-ils la cause ?

A neuf heures nous sommes proches d'Alcadeisa une très récente et moderne marina. Le paysage est superbe des volcans en tous genres affichent leurs silhouettes mordorées, ça et là quelques palmiers (de la verdure pour les résidences de touristes?) mais l'ensemble est presque cruellement dru et sec.

Cet après midi nous allons aller nous balader et voir tout cela de plus près. Nous avons parcouru le sud-est de l'île, certains endroits sont très arides, si cela intéresse quelqu'un j'ai vu quelques lots de terre à vendre, des murets les entourent, mais le centre est constitué de terres noires comme du charbon léger. Plus loin, les sols retrouvent un peu de verdure et des massifs de diverses plantes grasses affichent des touffes du blanc grisé au vert pale. Nous sommes allé visiter une grotte abritant une société de minuscules petits crabes blancs que l'on ne trouve qu'à cet endroit dans le monde. La grotte telle une percée dans la roche volcanique a été faite par une coulée de lave, on peut parait-il y plonger et y rejoindre la mer. Plus loin après des rochers pétrifiés, quelques petites zones ensablées près de la mer, ce sable d'un blanc crémeux paraît constitué de résidus de corail. Quelques grosses fourmis y courrent. Sur les roches quelques bigorneaux. La mer était basse et bonne et l'on retrouvait les senteurs de l'atlantique, pas d'algue mais cette odeur particulière fraîche et iodée...

Quand on rentre dans les terres on comprend aisément les contraintes qu'imposent le climat à la culture, chaque jeune arbre, plant de vigne est protégé par une petite forteresse de pierres noires malgré cela les ceps s'inclinent sous le poids de leurs feuilles asséchées. Puis nous sommes montés dans les sommets à la hauteur des nuages, routes escarpées de montagne, l'air y est bien entendu tout de suite plus frais. Points de vue superbes éclairés par les rayons enflammés du soleil couchant. Nous cherchions une auberge locale pour le dîner et avons trouvés la bonne adresse. Succulent encore une fois, on oublie trop souvent de citer la cuisine espagnole dans la géographie gastronomique.

Là c'est le matin, il fait beau, le vent certes est monté, mais on est loin pour l'instant des torrents de pluie qui étaient attendus.Le lendemain tempête dans le port, nous sommes obligés d'amarrer davantage encore le bateau qui menace de monter sur le ponton, impressionnant. Je vois passer un fifty anglais (type de bateau assez confortable pourvu de deux mâts) filant sous moteur vers la sortie du port, me dis en moi-même, quelle idée de vouloir partir maintenant avec une telle météo. Je vaque à quelques occupations à l'intérieur du bateau puis remonte sur le pont, alors, derrière la petite jetée, il me semble apercevoir deux mâts qui m'ont l'air d'être sous les falaises. Je vais vérifier plus loin. Le fifty est bien à la côte, couché, les vagues commencent à le brusquer beaucoup. Heureusement la mer descend, et, au soir une première grue essaye de le sauver mais elle n'est pas assez puissante, au retour d'une balade, j'aperçois au loin le bateau posé de manière bien incongrue sur la falaise. Il a maintenant une partie de sa coque ouverte. Sans doute à cause des vagues a-t-il rapidement noyé son moteur, sans grand voile, il n'a pu faire grand chose quand celui-ci a calé, voilà comment on peut faire rapidement naufrage.

Départ de Lanzarote vers 9 h après avoir fait le plein.

Nous apercevons au loin le « Léo » un bateau ami, parti quelques heures auparavant. La navigation est tranquille entre Lanzarote et La Fertua Aventura, île très longue et qui semble bien austère. Plusieurs grands dauphins « peau gris » nous croisent sans s'intéresser à nous, cette variété de dauphins plus grande n'est, parait-il, pas du genre joueuse. Pendant deux jours nous entendons des alertes « Pan Pan » (message d'alerte) sur la VHF, un bateau en bois de 22 mètres est signalé disparu avec 21 personnes à bord, il serait parti d'Afrique pour les Canaries il y a quatre jours. Nous pensons qu'il peut s'agir d'un bateau de réfugiés, a-t-il été pris dans le coup de vent ? Nous n'en aurons pas la réponse et nos pensées vont vers eux leur souhaitant d'être retrouvés sain et sauf.

Nous sommes à la frontière d'un ciel bleu et de grains très sombres. Dans la soirée ceux-ci vont nous atteindre nous donnant un vent très serré et des litres et des litres de pluie durant la nuit entière qui, en conséquence est très très sombre. Étrange toujours de foncer comme ça dans un noir profond.

Le lendemain vers midi si j'ai bonne mémoire, nous sommes cernés par une centaine de chalutiers mauritaniens. Ils pêchent sans doute des gambas, nous sommes en effet, à la frontière des hauts fonds sur des bancs de sables. Il vaut mieux croiser ces bateaux de jour, ils sont peu éclairés, changent souvent de cap, pour j'imagine étendre leurs chaluts.

Je suis le cuistot du jour et, ce soir je peste, en effet, j'avais tout préparé pour faire des lasagnes végétariennes et, au moment de tout mettre dans le plat, me rend compte que ceux qui ont fait les courses, ont oublié les plaques de lasagne alors que j'avais mises sur la liste. Étonnant me direz-vous que sur un bateau constitué pour la plupart d'italiens, nous avons pourtant à bord un bon stock de pâtes. Elio qui tient un restaurant en Toscane me sauve la mise en confectionnant de la pâte fraîche. Ouf c'est bon quand même...

Un peu d'explication quant à l'organisation du bateau, nous faisons tour à tour et à deux, des quarts de trois heures, et, tous les jours un de nous est hors quart mais devient le cuisinier du jour. Il y a d'ailleurs quelques rivalités entre certains cuisiniers pour le bien de nos palais...

Enfin nous naviguons dans la bonne direction dans un vent à 40 degrés, enfin plus ou moins, l'idée est de faire le plus de vitesse possible en restant bien entendu dans un cap raisonnable, là nous avons effectués 240 milles en 18 heures, ce qui est tout à fait convenable pour un bateau de 70 tonnes environ. Notre compteur de milles affiche maintenant dans les 2000 milles dont la majorité au près. Il serait temps que les alizés veuillent bien de nous.

Dans la journée avons vu au loin trois gros bateaux japonais. Ils viennent jusqu'ici pour pêcher le thon. Des bateaux usines. Quelle différence avec les petits chalutiers mauritaniens. Nous débattons sur la question de la pêche. Plus tard, j'aperçois justement au loin un thon qui file, sautant entre les vagues, de très belle taille, il doit faire au bas mot au moins cinquante kilo.

Deux jours plus tard.

Enfin les alizés. Mer bleue foncée.Température de l'eau 24 degrés. Au portant, les gens sont contents. Notre grand-voile l'est moins qui s'est en partie délaminée. Le premier tissu s'est déchiré, les fibres de carbone sont à nu. Les 2000 milles de près, les calmes (ses « flocs flocs » induits), son relatif grand âge -quelques neuf traversées déjà à son actif- ont eu sa peau, si je puis dire. Donc grand-voile réduite à l'équivalent de trois ris, génois tangonné, trinquette. Vitesse de croisière environ 11 nœuds, avec des pointes sous les grains qui sont nombreux à 16/17 nœuds.

Nous avons trouvé nos premiers poissons volants sur le pont. Cela discute ferme à bord pour répondre à la question : les poissons volants planent-ils ou volent-ils ? Certains avis divergent. C'est vrai que, quand on les aperçoit sur l'eau ils semblent planer et, souvent à la fin de leur envol, ils agitent un peu les ailes comme dans de petits soubresauts pour tenter sans doute de reprendre de l'altitude. Ce poisson a parait-il développé ce genre d'aptitude afin d'échapper à ses principaux prédateurs les daurades. J'ai tenté plus d'une fois de capter leurs jolis vols mais à chaque fois que je sortais mon appareil photo ils n'étaient plus là.. Dommage, c'est un captivant spectacle..

Alors que mon frère s'essayait à battre le record de vitesse dans un surf la manille d'attache du génois au tangon casse, ça manœuvre pour réparer. Sauf ma pomme, qui me suis foulé les tendons du second doigt de pied en le heurtant de nuit dans la cale de pied du barreur. J'avais oublié qu'elle était là et j'ai vu mon doigt de pied se tordre en trois. Pour l'instant je ne peux plus poser ce pied par terre, on verra demain.

Croisé un voilier anglais ce matin qui nous a salué à la vhf .

Deux jours plus tard.

Nous avons bien filé en moyenne pendant deux jours, vent à 60 degrés, variant quand même sous les grains d'une quinzaine de nœuds à parfois trente. Pas évident dans la nuit assez noire encore, une petite lune nous revient pourtant, quand on voit sur le radar la tâche d'un grain arrivant sur nous, de savoir en apprécier véritablement sa force. Plus il est rougeoyant plus l'énergie déployée sera certaine, parfois on s'attend à beaucoup et, finalement ce n'est qu'un grand courant d'air.

Depuis cette nuit le vent a bien molli, pourtant le ciel est tourmenté. J'ai tout à l'heure pendant une heure au moins essayé d'encourager le vent. Mais les petites risées sous les nuages ont été bien insuffisantes, il nous faut pour aller plus vite toucher à minima quinze nœuds...

J'avais décidé par avance, que je lancerais quelques bouteilles à la mer. Comme nous étions au milieu de l'atlantique, c'était enfin le jour. Certains à bord ont joué les blasés, d'autres se sont un peu moqués. Mais je n'en avais que faire et je savais bien que leurs airs n"étaient que bravades. J'avais en conséquence de ce projet, glané ici et là dans les restaurant, quelques bouteilles que je trouvais jolies, tant qu'à faire autant que l'objet en soi le soit. Après écriture anglais, français des messages, il a fallu trouver bouchon à sa bouteille quelques taillages de liège ont été nécessaires. L'heure, la date et notre position ont été notées et hop, une photo ou deux et les bouteilles vont aller vivre leur propre aventure, en espérant qu'elle ne soit pas trop courte, le bouchon assez étanche, la bouteille pas éclatée lors d'une collision, bref, un jour peut-être, dans six mois, cinq ans quelqu'un trouvera peut-être l'une d'entre elles.

Pendant les quarts, parfois l'on parle, parfois chacun reste silencieux, rêveur ou un peu endormi. Quand je suis avec Fabiana c'est un peu compliqué, elle parle assez mal l'anglais et même si je comprends assez bien l'italien, je reste assez limitée pour pouvoir véritablement échanger. Avec Andrea nous discutons assez souvent, comme il a beaucoup navigué, il me raconte de jolies histoires, de lieux ou de personnes. J'en sais davantage maintenant sur quelques petites îles italiennes et sur la côte sarde : l’île des Ânes blancs ou celle de Monte Christo. Mais une des plus touchantes qu'il m'ait raconté est celle d'un directeur influent suisse, pour garder quelque discrétion à son égard, je n'en dirais pas davantage, alors qu'il navigue seul dans une baie, il aperçoit un chien dans l'eau, loin loin du rivage, il sauve ce chien et deviennent les plus grands amis du monde. En sa mémoire, il fera baptiser son 38 pieds du nom de celui-ci « Lucy » et, quand cet homme raconte cette histoire à Andrea il a encore les yeux bien humides.

Quelques jours plus tard .

Je n'ai pas beaucoup écrit, j'avais en pensée des textes mais pas bien su prendre le temps de me mettre au clavier ou à la plume. Parfois on se laisse aller, on garde ses rêveries pour soi. Et puis même si les jours, les soirs, les matins ne se ressemblaient pas, il n'y a pas eu disons de choses surprenantes, juste de jolis moments. Peu de rencontres animales également, ni dauphin, baleine, gobicéphale, tortue, oiseau. Seuls des poissons volants, j'ai remarqué qu'ils se faisaient plus nombreux le matin au lever du soleil. Beaucoup de sargasses (algues jaunes), il y a quatre cinq jours nous avons croisés un bateau océanographique qui venait les observer et qui nous à interrogé à ce sujet. Il semblerait qu'elles envahissent (comme nos algues vertes) peu à peu les plages des Antilles). Plus le temps est calme, plus elles s'assemblent comme de minuscules îlots jaunes. Me souviens qu'autour des Bermudes, il y en avait tant sur la mer, que nous devions nettoyer l'hélice du speedo (instrument pour mesurer la vitesse du bateau) toutes les heures ou presque. Nous avons eu l'impression d'être seuls au monde pendant au moins cinq jours, personne sur l'eau. Quand on est comme ça comme coupé du monde, on peut s'imaginer toutes sortes de scénario. Et si nous étions les seuls survivants, que la terre ait disparue, condamnés à errer ad vitam sur les mers tels des « Hollandais volants ». Je plaisante bien sûr, mais cette sensation de solitude sur la mer rend parfois l'imagination bien vagabonde.

Je vous avais dit plus haut que notre grand voile avait en partie rendu l'âme, nous avons navigué avec l'équivalent de trois ris, génois tangonné et trinquette. Notre vitesse de croisière était le plus souvent alors de dix nœuds, peu de vent en moyenne, alizés dans une direction peu établie, entre dix et quinze nœuds le plus souvent, alors qu'il nous en fallait plutôt autour de 20 pour pouvoir filer à 13, 15... Bon, quelques surfs quand même, une nuit notre quart établit le record de la traversée avec cette voilure réduite à 19 nœuds et quelques. La houle a parfois été forte, mais plus nous approchions de la côte plus elle a faiblit, comme le vent. C'est assez désagréable quand on a une houle résiduelle mais pas le vent qui correspond. Cela roule quand même un peu. Il faut pouvoir dormir, se caler, sinon le corps se balade aussi, d'ailleurs si on est réceptif, l'on sent chaque mouvement de vague, le léger rebond quand elle arrive, puis comme une courte hésitation à l'endroit de son faite et la descente. Quand les vagues sont assez douces ça va, cela berce même, mais quand cela tape ou que la houle se fait vraiment haute, c'est nettement moins amusant. J'étais logée dans une cabine, c'est-à dire au milieu du bateau et j'avais un véritable lit. La surface de « roulage » si je puis dire est alors conséquente, j'enviais ceux qui dans leur bannette (couchette) avaient pu installer une bonne vieille et efficace toile anti-roulis. J'ai du inventer et tester divers stratagèmes, le plus efficace étant par terre, sur un petit matelas calée entre la cloison du lit et celle de la cabine, là on ne bouge plus, pas question de se retourner mais au moins le corps ne part pas d'un côté, l'autre. Je vous parle de ces petites faits ménagers, pratiques, parce que tout cela compte aussi quand on navigue un peu longtemps.

Il y aurait, il y aura bien plus de choses à dire, sans doute mes souvenirs vont-ils un peu s'ordonner, faire comme des espèces de choix, alors, je reviendrais vous en dire davantage, là tout est comme un peu trop frais.

Nous sommes arrivés depuis presque trois jours, nous avons déjà pas mal travaillé sur le bateau pour commencer à le préparer pour la venue des propriétaires.

Un peu de nostalgie s'est installée, quand même nous étions bien en mer. Toujours un paradoxe, on est contents d'arriver enfin, quand de l'autre côté on aurait bien continué plus loin dans cet Ailleurs qu'est la mer...

Voila merci à mes équipiers de balade, ce fut un bien beau voyage...

samedi 03 janvier 2015 11:05 , dans écrits


suite et fin...

samedi 03 janvier 2015 10:15 , dans musique et films


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